Revu à l'instant en DVD, et bon Dieu de nardin de bordel de merde c'est toujours aussi bon *. Comme Hannibal, comme Hollow Man, Robocop 2 fait partie de ces petits plaisirs coupables que je chéris et que j'assume. Des oeuvres unanimement détestées que j'affectionne sans aucun cynisme, juste parce que c'est toujours un bonheur de les revoir. Un peu comme on se fait 15 fois Last Action Hero ou le Dernier Samaritain pour les dialogues, ou la poursuite dans le canal de T2 pour s'ébouriffer les yeux. Du plaisir en barre, sans complexes, et tant pis si c'est branlant de partout.
Robocop 2, donc. Bien sûr, le premier est un petit chef-d'oeuvre, personne n'enlèvera ça au film de Verhoeven. Basé sur un script de monsieur Frank Miller, largement retouché et édulcoré par le dénommé Walon Green, Robocop 2 nous dépeint une Detroit encore plus pourrie, délabrée et violente que dans le premier opus. Le chaos total dans les rues, l'anarchie, une ville où les voleurs eux-mêmes se font agresser à coups de talons dans les roupettes (si on ne peut plus violer et piller en paix, maintenant). On retrouve la patte Miller, l'ambiance des ghettos urbains en décomposition de Dark Knight Returns. Cain et sa bande pourraient tout à fait être le gang des mutants psychotiques opposés à Batman dans le comics, bien décidés à lui sucer les os. Bien sûr Miller a souvent renié le film, son script, ce qui ne l'empêche pas de faire un caméo dans le rôle de Frank le chimiste. Celui là-même qui concocte les différents parfums du Nuke, la drogue next generation qui envahit les rues de la ville. Juste retour des choses, Miller a fait en 2003 une version comic book de son propre scénario sous le titre Frank Miller's Robocop, cette fois sans que les cols blancs d'Orion ou d'ailleurs viennent mettre leurs sales pattes dans son histoire et édulcorer le propos.
Vaudrait mieux faire sortir le môme...
Miller oblige, Robocop 2 ne ressemble pas à la suite typique, le "plus de", même si on n'échappe évidemment pas à une certaine redite. Le film vaut beaucoup pour son affrontement final, version décuplée et hard boiled de la baston Robocop vs ED-209 du premier. Une séquence jouissive tout dans la surenchère où un robot géant décime des bagnoles de flics et des ambulances avec le canon fumant de sa mitrailleuse, pendant que Murphy lui grimpe sur le dos pour lui arracher le cerveau et le réduire en bouillie sur le bitume. Mais Robocop 2 c'est surtout extrêmement cynique, acide, un pétage de plombs destroy qui ne recule devant presque rien, nous montre un môme abject sauter à la gorge d'un flic et dealer de la drogue, la jouissance d'un robot accroc à la came, ou les suicides plein écran de deux prototypes qui ne supportent pas d'être des bouts de cadavres enfermés dans des boîtes de conserve. Sans parler des inévitables fausses pubs bien juteuses - le siège électrique antivol ou la crème solaire cancérigène - qui étaient déjà à crever de rire dans le premier épisode. Délires que l'on retrouvera plus tard dans Starship Troopers et ses faux flashes d'infos (rectifions à ce sujet un petit détail : ça n'est pas tant dû à Paul Verhoeven qu'au scénariste Ed Neumeier qui a écrit les deux films, d'ailleurs Verhoeven n'emploiera pas cette technique ailleurs).

Violemment fun et assez bourrin par moments, Robocop 2 n'a pas que des bons côtés : la mise en scène est souvent un peu molassonne et plan-plan (le shoot du début dans l'atelier clandestin est quand même aussi bandant qu'un gunfight de Kojak), le film reste soft malgré deux ou trois impacts bien saignants et une opération crânienne gouleyante, et si les effets spéciaux sont à la hauteur du talent de Rob Bottin (l'armure du cyborg et un faux buste avec la tête de Murphy super impressionnant) et de Phil Tippet (toutes les animations des robots en stop motion), on est en 1990 et quelques transparences bien pourries et plans composites moisis n'ont pas super bien traversé les âges. Qu'importe, Kersher a beau être déjà presque grabataire - 68 ans à l'époque le petit père - il compense par une cruauté bien jouissive, quelques scènes torchées bien comme il faut dans lesquelles Robocop s'en prend enfin plein la gueule et où les balles font des trous gros comme mes poings dans le métal, et met le paquet sur les petits détails à la con, comme l'icône-crâne qui remplace la petite pomme Apple dans le menu du robot-Cain. Faut voir notre tas de ferraille préféré se mettre à genoux pour déblatérer des proverbes aux gamins sous l'oeil médusé de la encore jolie Nancy Allen (pas encore passée en mode total-bouffie), ça vaut son pesant de boulons de 8. Le perso du maire péteux et les manigances de l'OCP sont géniales de mauvais goût, surtout quand l'élu imbécile organise une sorte de téléthon pour sauver sa ville de la privatisation avec un guignol contortionniste qui joue du violon avec la tête dans le cul. Mémorable. Tout est comme ça, dans Robocop 2, un bon gros mélange de premier et de second degré ravageur, des scènes destroy à la pelle, des personnages plus immoraux tu crèves, et un final qui râcle là où il faut et fait du bien aux noeuils. Bref, une vraie bonne suite à réhabiliter d'urgence, qui fait donc d'Irvin Kershner le réalisateur de deux des meilleures séquelles de l'histoire du cinéma. Ah, par contre, évitez le 3 comme la peste, pour le coup même fortement alcoolisé ou sous l'emprise du démon il est mauvais à manger de la merde.
En DVD : Le film est dispo à tout petit prix en DVD zone 2 chez MGM dans une belle copie pas trop dégeulasse (quelques petites taches toutefois) et une Stéréo potable qui rend justice au score "au mètre" de Leonard Rosenmann qui se débrouille pour réochestrer la superbe partition du premier volet, composée à l'époque par Basil Poledouris. On aurait aimé la full collector's edition avec transfert de ouf et suppléments à gogos - pourquoi pas le scénario original de Miller ? - mais on se contentera de cette édition potable. Y'a eu bien pire, au moins le film est visible dans de bonnes conditions.
* Une question que je me suis toujours posée : "Dieu" doit-il s'écrire avec une majuscule quand on est athée ?